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Vishnou et le barattage de la Mer de lait

  • Photo du rédacteur: Olivier
    Olivier
  • 14 août
  • 3 min de lecture
Statue balinaise en bois représentant Vishnou sur le mont Mandara, avec le naga Vasuki et la tortue Kurma, lors du barattage de la mer de lait
Vishnou sur le mont Mandara, avec le naga Vasuki et la tortue Kurma, probablement début du XXe siècle, 37 cm, collection personnelle

La sculpture a été taillée dans un bois clair et léger – probablement du panggal buaya, ou bois de crocodile.

Un personnage masculin se tient au sommet d’une masse rocheuse. Il porte une coiffe et des vêtements richement ornés. Il effectue un geste à caractère rituel, en tenant un élément végétal entre ses mains jointes contre sa poitrine. Une figure fantastique de serpent, dotée elle-même d’une coiffe et de colliers ornés, enroule ses anneaux autour de la masse rocheuse et de l’une des jambes de la figure masculine. Dans la partie supérieure, l’extrémité du corps du serpent se dresse en ondulant dans le vide. L’ensemble repose sur une grande tortue dont la tête, pourvue d’une sorte de trompe, présente des traits vaguement anthropomorphes.


Le groupe se rapporte à un mythe cosmologique hindou: le barattage de la Mer de lait (Samudra Manthana). Selon la tradition, cet épisode est conté par le barde errant Ugrashravas, dans une série de récits emboîtés servant de cadre à la narration du Mahabharata *. Cela se passe dans un temps où les dieux (deva) et les démons (asura), tous encore mortels, sont en guerre pour dominer le monde. Épuisés et en mauvaise posture, les dieux sollicitent l’aide de Vishnou, qui leur propose de collaborer avec les démons dans le but d’extraire du fond de la mer divers trésors, dont l’amrita, un nectar d’immortalité. Pour accomplir cette tâche titanesque, les dieux arrachent le mont Mandara, le renversent et posent son sommet sur la tortue géante Kurma, qui est aussi un avatar de Vishnou. Ils enroulent le corps du serpent Vasuki, roi des nagas, autour du mont Mandara et, tirant une extrémité du serpent tandis que les démons tirent de l’autre, mettent l’assemblage monumental en rotation pour baratter la mer. Après un travail long et harassant, celle-ci devient du lait, puis du beurre purifié et laisse jaillir une multitude d’êtres et d’objets merveilleux, ainsi que l’amrita, dont les dieux finiront par s’emparer pour gagner l’immortalité.

On peut voir ci-dessous une peinture indienne de la fin du XVIIe siècle représentant la scène du Samudra Manthana. Vishnou y est figuré à la fois en tant que Kurma, sous le mont Mandara (évoqué par un haut cylindre rose), et sous forme humaine à son sommet. Les dieux (en bas à gauche) et les démons (à droite) tiennent les extrémités du naga Vasuki. Dans la partie supérieure, on peut voir certains des êtres prodigieux issus du barattage, comme – parmi beaucoup d'autres – Uchhaishravas le cheval à sept têtes, monture du dieu du soleil Surya, Airavata, l'éléphant aux trompes multiples et monture du dieu Indra, la vache Kamadhenu, qui réalise tous les souhaits, ou encore Kalpavriksha, l'arbre à la floraison perpétuelle.

Barattage de la mer de lait, peinture indienne
Le barattage de la Mer de lait (Samudra Manthana), peinture du Deccan (Inde), XVIIe siècle, British Museum, image dans le domaine public

On reconnaît dans la sculpture balinaise les éléments clés de la scène du barattage: Vishnou, sous sa forme humaine et sous celle de Kurma, le mont Mandara et le serpent Vasuki. Malgré son importance dans la tradition hindoue, le mythe est, à ma connaissance, rarement représenté dans la sculpture balinaise moderne. Je n’ai pas pu obtenir d’informations précises sur la date et le contexte d’acquisition de cette pièce par son premier propriétaire. Mais la finesse du traitement des ornements, la posture frontale et statique du dieu – qui rappelle le style de beaucoup de figures traditionnelles – et la double incision à la naissance des ongles – un détail que l’on retrouve souvent dans le style wayang – m’incitent à supposer qu’elle est l’œuvre d’un sculpteur formé dans la première moitié du XXe siècle.


* Les mythes hindous sont complexes et il en existe souvent de nombreuses variantes. Le résumé qui suit s’appuie notamment la version présentée par Alexandre Astier dans Les 100 Légendes de la mythologie indienne, Que sais-je ? publié en 2023, et sur les ressources mises en ligne par la Bibliothèque Nationale de France ici et .

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